Été 2026 (Volume 36, numéro 2)
Rhumatologue émérite de la SCR
en 2026 : la Dre Evelyn Sutton
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Pourquoi êtes-vous devenue rhumatologue? Qu'est-ce qui vous a influencée dans ce choix?
J'étais en troisième année de résidence et je ne savais pas quelle voie choisir, quand un stage à Saint John, au Nouveau-Brunswick, sous la direction des docteurs Virender Khanna et Eric Grant, a tout changé. J'ai été captivé par l'étendue et la profondeur de cette spécialité, mais encore plus par les patients. Leur stoïcisme, la manière discrète dont ils exprimaient leur souffrance et leur résilience m'ont convaincu que c'étaient ces personnes-là que je voulais soigner.
Vous avez occupé de nombreux postes à responsabilité, notamment celui de présidente de la Société canadienne de rhumatologie (2020-2022) et celui de cheffe du service de rhumatologie et directrice du Nova Scotia Arthritis Centre à l’Université Dalhousie (2004-2015). Vous avez également apporté une contribution durable à l’enseignement médical, notamment en mettant en place un stage optionnel reconnu à l’échelle nationale destiné aux résidents en fin de formation et en siégeant pendant près de 20 ans au sein du Décanat.
Tout au long de votre carrière, vous avez été une membre active de la SCR en contribuant à de nombreux cours préparatoires destinés aux résidents, en présidant à la fois le cours annuel de révision pour les résidents et le comité annuel de planification scientifique et en favorisant des relations solides entre la SCR et la Société de l'arthrite. Vous vous êtes fortement investie dans la mise en place de partenariats et vous avez siégé pendant 10 ans au conseil d'administration de la Société de l'arthrite.
a) Au cours de vos différentes fonctions de direction, quel a été un des défis professionnels ou organisationnels les plus importants auxquels vous avez été confrontée et comment l'avez-vous surmonté?
Lorsque j’ai rejoint le conseil d’administration de la Société canadienne de rhumatologie, j’étais déterminée à rétablir des relations constructives avec la Société de l’arthrite. Historiquement, ces organisations avaient toujours travaillé en étroite collaboration. La Société de l’arthrite – fondée à l’origine sous le nom de Société canadienne de l’arthrite et du rhumatisme (rebaptisée en 1977) – et la Société canadienne de rhumatologie ont collaboré pour faire progresser la rhumatologie en tant que spécialité. Notamment, dans les années 1960, elles ont créé conjointement des unités de maladies rhumatismales partout au Canada, ont soutenu des postes de formation en résidence et ont contribué à la création du Conseil canadien des rhumatologues universitaires.
À la fin des années 1980, cependant, cet esprit de collaboration s’était érodé. En tant que jeune rhumatologue, j’étais frappée par le degré de méfiance et de discorde ouverte qui régnait lors des assemblées annuelles – une situation qui dégénérait parfois en disputes houleuses. Au moment où j’ai rejoint le conseil d’administration de la SCR, j’avais également occupé des fonctions au sein de la Société de l’arthrite, tant au sein de comités qu’au conseil d’administration. Il m’est apparu clairement que, bien que les deux organisations partagent des objectifs fondamentalement alignés, elles nourrissaient souvent des attentes irréalistes quant aux rôles et aux capacités de l’autre. Ce décalage a favorisé les malentendus, la méfiance et un ressentiment persistant.
Pour remédier à cette situation, j'ai plaidé auprès des deux conseils d'administration en faveur d'une relation plus formelle et mieux structurée. Heureusement, cette proposition a été approuvée. Par conséquent, l'ancien président de la SCR occupe désormais un siège au conseil d'administration de la Société de l'arthrite. Aujourd'hui, lorsque des enjeux nationaux touchant les soins aux patients se présentent, la Société de l'arthrite et la SCR collaborent étroitement pour élaborer des plans d'action coordonnés et efficaces.
Vous avez reçu de nombreuses distinctions, notamment le Prix du formateur d'enseignants de la SCR en 2014 et un certificat d'excellence de l'Association canadienne pour l'enseignement médical. Votre ouvrage, A Primer on Musculoskeletal Examination, témoigne de votre influence durable sur la formation des futurs étudiants en médecine.
a) Selon vous, quelles sont les qualités d'un excellent enseignant?
Au fil des ans, j'ai pris conscience que ce qui compte le plus, ce n'est pas seulement ce que nous savons, mais la manière dont nous le partageons : comment nous laissons place aux questions, comment nous encourageons la réflexion et comment nous favorisons l'épanouissement.
Certains des meilleurs enseignants que j’ai connus avaient une capacité remarquable à rendre clair un sujet complexe, non pas en le simplifiant à outrance, mais en l’organisant de manière cohérente. Ils posaient des questions pertinentes, non pas pour évaluer, mais pour guider. Ils donnaient des retours honnêtes mais constructifs. Et surtout, ils créaient un environnement où on se sentait en confiance pour dire « je ne comprends pas », voire « j’ai fait une erreur ».

La Dre Evelyn Sutton reçoit son prix des mains de la présidente de la SCR de l'époque, la Dre Trudy Taylor, lors de l'Assemblée scientifique annuelle de la SCR à Halifax, qui s'est tenue en avril 2026.
D'où vous viennent votre passion et votre intérêt pour la rhumatologie?
C'est pendant mon internat que mon intérêt pour la rhumatologie s'est vraiment concrétisé. J'ai été attirée par la complexité de ces maladies : la façon dont elles touchent plusieurs systèmes et se présentent souvent comme de véritables casse-têtes diagnostiques qui exigent une réflexion approfondie et de la patience. J'appréciais ce défi intellectuel, mais ce sont les patients qui m'ont le plus marquée.
Beaucoup vivaient avec des douleurs chroniques et un handicap important, mais ils faisaient preuve d’une résilience remarquable. Ils se plaignaient rarement et il y avait une dignité tranquille dans la façon dont ils géraient leur maladie au quotidien. Cela m’a profondément ému. Au fil du temps, j’ai compris que ce n’était pas seulement la science de la rhumatologie qui m’attirait, mais le privilège de m’occuper de ce groupe particulier de patients. Cette combinaison a fait que cette décision m’est apparue moins comme un choix que comme une vocation.
Quelle est la réalisation professionnelle dont vous êtes la plus fière à ce jour?
Au début des années 2000, j’ai constaté une lacune dans la prise en charge de nos patients atteints de sclérose systémique qui développaient une hypertension artérielle pulmonaire. J’ai rencontré les chefs des services de pneumologie et de cardiologie afin de solliciter leur soutien pour mobiliser les membres de leurs services en vue de la création d’une clinique de prise en charge conjointe. J’ai également rencontré les administrateurs de l’hôpital et leur ai présenté un budget démontrant qu’un programme dédié permettrait de réduire les coûts en diminuant le nombre d’hospitalisations et la durée des séjours. De plus, j’ai sollicité le soutien de partenaires industriels pour développer une base de données cliniques. Après deux ans de planification, le programme d’hypertension artérielle pulmonaire du Centre des sciences de la santé QEII a été lancé en 2007. Il s’agit toujours d’une initiative multidisciplinaire et bien que je ne sois plus directement impliquée dans la clinique, je suis fière qu’elle continue de prospérer et qu’elle soit reconnue comme un programme d’excellence.
Evelyn Sutton, M.D., FRCPC
Professeure de médecine,
Université Dalhousie
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